Analyse du coefficient de saturation de la transferrine dans le diagnostic de la carence en fer liée aux maladies chroniques comportant une composante inflammatoire

Objectif

À la demande du Conseil national professionnel de biologie médicale, la Haute Autorité de Santé (HAS) a examiné l’intérêt médical du coefficient de saturation de la transferrine (CS-Tf) pour le diagnostic de carence en fer (CM) chez des patients souffrant de maladies chroniques avec composante inflammatoire. Cela inclut des pathologies telles que les maladies rénales chroniques, l’insuffisance cardiaque, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin et certains cancers. L’objectif est de réévaluer les conditions d’inscription de cet acte, déjà pris en charge, à la Nomenclature des actes de biologie médicale (NABM).

Cette analyse vise à enrichir l’évaluation publiée par la HAS en 2011, qui était principalement axée sur le dosage de la ferritine pour diagnostiquer une carence en fer en dehors des situations inflammatoires.

Méthode

Afin de répondre à la demande, la HAS a réalisé :

  • Une analyse critique de la littérature scientifique publiée entre janvier 2011 et janvier 2026, incluant la littérature de synthèse (revues systématiques avec ou sans méta-analyses, évaluations technologiques et recommandations professionnelles) ainsi que les études diagnostiques. Cette analyse s’est appuyée sur une recherche systématique de la littérature et une sélection des publications selon des critères explicites ;
  • Un recueil des avis et positions des organismes professionnels, des filières de maladies rares ainsi que des associations de patients et d’usagers de santé concernés par cette thématique.

Résultats – Conclusions

La qualité méthodologique des revues systématiques et des recommandations sélectionnées s’est révélée globalement faible, tandis que le risque de biais des études diagnostiques était, dans l’ensemble, jugé incertain ou élevé.

Au terme de cette évaluation et au regard des données analysées, la HAS considère que le coefficient de saturation de la transferrine (CS-Tf) présente une utilité clinique dans les quatre maladies chroniques à composante inflammatoire étudiées (maladie rénale chronique, insuffisance cardiaque, maladies inflammatoires chroniques de l’intestin et cancers), en contribuant à :

  • Diagnostiquer une carence martiale (CM) en complément de la ferritinémie. En effet, en contexte inflammatoire, la ferritine peut être normale ou élevée et ne permet donc pas, à elle seule, d’exclure une carence martiale. À l’inverse, le coefficient de saturation de la transferrine (CS-Tf) demeure diminué. Le seuil retenu pour définir une CM varie selon les recommandations et les pathologies concernées, mais il est généralement inférieur à 20 %.
  • Orienter la prise en charge thérapeutique, en complément de l’évaluation du taux d’hémoglobine (hémogramme) et de la ferritinémie, notamment en favorisant la recherche de l’étiologie de la carence martiale et la mise en place d’une supplémentation en fer lorsque celle-ci est indiquée.
  • Contribuer au suivi de l’efficacité d’une supplémentation martiale et/ou d’un traitement par agent stimulant l’érythropoïèse, en association avec la mesure du taux d’hémoglobine et de la ferritinémie, afin d’adapter la posologie thérapeutique selon l’évolution du statut martial du patient.

Ainsi, le CS-Tf est indiqué pour :

  • La recherche d’une carence martiale chez les patients atteints de maladie rénale chronique, d’insuffisance cardiaque — notamment ceux présentant une fraction d’éjection ventriculaire gauche réduite —, de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin ou de cancers, en particulier lorsqu’ils sont traités par chimiothérapie, lorsque la ferritinémie est normale ou élevée. En effet, une ferritinémie diminuée suffit à elle seule pour établir le diagnostic de carence martiale ;
  • Le suivi des patients recevant une supplémentation en fer et/ou un traitement par agent stimulant l’érythropoïèse, en complément de la mesure de l’hémoglobine (hémogramme) et de la ferritinémie.

Par ailleurs, il convient de rappeler plusieurs conditions préanalytiques essentielles afin de garantir la fiabilité de l’interprétation des résultats :

  • Effectuer le prélèvement des marqueurs du métabolisme du fer à distance d’un épisode inflammatoire aigu ;
  • Réaliser le dosage du fer sérique et de la transferrine, nécessaires au calcul du CS-Tf, le matin à jeun afin de limiter l’impact des variations nycthémérales ;
  • Privilégier, lors du suivi biologique, la réalisation des dosages dans le même laboratoire afin d’assurer une meilleure comparabilité des résultats.

Source : Haute Autorité de Santé | HAS

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